Depuis quelque temps, je ne fais plus de salons. Vous l'avez peut-être remarqué en voyant passer les photos de mes consœurs et confrères, tout sourire derrière leur pile de livres, entourés de lecteurs, de rencontres, de complicités qui se nouent en un week-end. Et je dois vous avouer une chose : ça me pince un peu le cœur, à chaque fois. Cette petite sensation d'être à côté, en dehors d'un monde qui semble si joyeux vu de l'extérieur, alors que j'aurais toutes les raisons d'y être, moi aussi.
Alors pourquoi je n'y suis plus ? La réponse la plus honnête, c'est que pour moi, un salon, c'est souvent tout l'inverse de ce que les photos laissent deviner. Et il m'a fallu du temps, et pas mal de culpabilité traversée, pour oser vous l'écrire noir sur blanc. Alors aujourd'hui, je pose tout, sans filtre, mais avec douceur.
Un monde qui n'est pas tout à fait le mien
J'aime profondément mes lecteurs, sincèrement, ce n'est pas d'eux dont je parle. Mais l'univers qui gravite autour de ces événements est parfois particulier. On y sourit beaucoup, on s'y complimente beaucoup, et je ne dis pas que c'est toujours faux, loin de là, j'y ai croisé de très belles personnes. Mais j'y ai aussi ressenti, plus d'une fois, une forme de mise en scène qui ne me correspond pas, où il faudrait se montrer, se comparer, jouer un rôle, entretenir une image. Ce n'est pas un jugement sur celles et ceux qui s'y épanouissent, chacun vit ces moments à sa façon, et beaucoup y sont parfaitement sincères. Simplement, moi, avec ma nature un peu trop entière pour les faux-semblants, je n'y trouve plus ma place.
Mes enfants, mon socle
Il y a aussi une réalité plus concrète : un salon, ce n'est presque jamais une seule journée. C'est un aller, un retour, souvent une ou plusieurs nuits loin de la maison. Loin de mes enfants. Loin de leur histoire du soir, de leur petit-déjeuner du matin, de ce quotidien qui, pour moi, compte plus que tout.
Et ce quotidien, chez nous, n'a rien de "tout simple" au sens où on l'entend souvent : mes enfants sont porteurs de troubles du spectre de l'autisme. Leur équilibre repose sur une routine stable, des repères qui ne bougent pas, une présence constante. Un imprévu, une absence, un changement de rythme, et c'est tout un fragile édifice qui peut vaciller pendant des jours. Ce n'est donc pas juste "un week-end sans maman" : c'est une rupture de repères que je mesure, moi, à sa vraie valeur. Chaque salon a un prix que les photos ne montrent jamais : celui de ces soirs où je ne suis pas là pour les border, et celui, plus lourd encore, de la sécurité intérieure que je leur dois.
Mon cocon, mon espace pour écrire
Je crois qu'il faut apprendre à se connaître. Et moi, je sais que je suis quelqu'un de profondément casanière, qui a besoin de son cocon pour se ressourcer, pour écrire, pour respirer. Un salon, aussi beau soit-il, me demande une énergie folle : le monde, le bruit, les visages nouveaux, la sur-stimulation permanente, cette attention qu'il faut garder intacte pendant des heures pour chaque personne qui s'arrête devant la table. J'en rentre épuisée, vidée, parfois pendant plusieurs jours. Et une autrice vidée, c'est une autrice qui n'écrit plus, ou mal.
Cette hypersensibilité, je la retrouve d'ailleurs chez mes enfants, à leur façon. Je crois que c'est aussi pour ça que je les comprends si bien : je sais ce que coûte un environnement trop bruyant, trop imprévisible, trop plein. Alors cette énergie que je pourrais dépenser sur un stand, je préfère la garder précieusement, pour eux, et pour vous, à travers mes histoires.
Ce n'est pas de la distance que je mets entre nous.
C'est juste ma façon, à moi, de rester entière,
pour continuer à vous offrir le meilleur de moi.
Une question de moyens, aussi
Et puis il y a l'aspect qu'on n'ose jamais vraiment aborder : l'argent. Un salon, ça coûte. Le transport, l'hébergement, parfois la restauration sur place, et pour moi, l'organisation d'une garde adaptée à des enfants qui ne s'accommodent pas de n'importe quel mode de garde. Et ce que ça rapporte ne couvre pas toujours ces frais, surtout quand on n'est pas toujours logée à la même enseigne que d'autres métiers du livre. Ce sont aussi des jours sans écrire, donc, au fond, des jours sans avancer sur ce qui me fait vivre, et sans revenu derrière.
Mes dédicaces, autrement : tout près de chez moi
Ça ne veut pas dire que je renonce à vous rencontrer, bien au contraire. J'ai simplement changé la formule. Aujourd'hui, je privilégie les dédicaces situées à moins de 2h30 de route de la maison, celles où je peux repartir le soir même, retrouver mes enfants dans leur lit, dans leur routine, sans une seule nuit de bousculée. C'est un format plus modeste, plus posé, mais tellement plus serein, pour vous comme pour moi : je viens à vous entière, disponible, sans l'épuisement du voyage qui plane derrière.
Si vous voulez savoir où me trouver, je vous donne rendez-vous dans l'onglet Événements de mon site : j'y ajoute toutes mes prochaines dédicaces, au fur et à mesure. N'hésitez pas à y jeter un œil régulièrement, j'essaie d'en organiser le plus possible, à ma mesure.
Mes lecteurs, autrement
Alors non, je ne serai pas en salon ce week-end. Mais je penserai à vous, très fort, autrement : par une lettre comme celle-ci, par une dédicace organisée près de chez vous, par une enveloppe glissée dans la boîte aux lettres avec un petit mot dedans, par nos échanges ici. Ce n'est pas moins sincère. C'est juste ma façon à moi.
Si vous croisez mes consœurs et confrères sur les salons, dites-leur bonjour de ma part, avec toute mon affection. Et si un jour l'envie, l'énergie ou la vie de famille me le permettent, peut-être que j'y retournerai, doucement, à ma manière. En attendant, je reste ici, dans mon cocon, avec mes enfants, et avec vous.